Vaincre la tentation de la régression
- Véronique Rauzy
- 18 janv.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 janv.

En cette lunaison importante, j’ai à cœur de vous proposer un éclairage.
Une régression est un processus de recul, de démission, d’involution concernant un domaine de l’existence.
Un des principaux risques de la période est une régression affective.
L’affect est du domaine précisément de la Lune. Il recouvre à la fois nos émotions, nos ressentis, notre réceptivité aux ambiances, nos sentiments, nos souvenirs, nos attentes, nos besoins primaires et profonds, fondamentaux à combler pour nous sentir bien dans notre vie et nos baskets.
L’affect est directement relié au système nerveux et au système hormonal, dans une triangulation réactionnelle répondant aux sollicitations des situations que nous vivons.
Quand nous nous sentons sereins, appréciés, notre système nerveux est tranquille, nos hormones nous envoient des sensations agréables, nous nous sentons en phase avec la vie.
Quand nous sommes stimulés par une interaction qui nous plaît, que nous élaborons des projets pour satisfaire nos désirs, notre système nerveux est plus tendu mais dans une tension évolutive, constructrice de nouveaux circuits, et nos hormones déversent des pics d’intensité réjouissante.
Inversement, quand nous sommes agités, que nous nous sentons déçus, dérangés ou désorientés, ou bien en danger, le stress se déclenche, le système nerveux se crispe et les décharges hormonales nous basculent dans une tout autre ambiance interne. Le monde cesse d’être notre havre de paix et notre terrain de jeu mais devient un territoire hostile. Et plus nous sommes dans cet état, plus nos réponses au monde sont chargées de cet affect négatif, et plus la pente devient glissante…
Une dynamique affective saine va faire face à des états d’appréciation et à des états de difficulté, ce qui constitue le lot de notre existence, mais va les réguler au fur et à mesure. Elle va trouver une adaptation aux stimulations qui correspond au caractère et aux possibilités de la personne, et lui permettre ainsi d’avancer dans la vie vers davantage de sagesse et de maturité, grâce aux épreuves surmontées et aux joies valorisées. Cette dynamique est évolutive, tout simplement, dans la connaissance et l’acceptation de soi, et la capacité à réagir de mieux en mieux aux situations.
Une dynamique affective malsaine se caractérise par le ressentiment : c’est-à-dire la négativité des sentiments dans la durée ; par l’impossibilité de réguler les flux au fur et à mesure. L’affect se bloque sur ce qu’il considère comme son drame constitutif, ses problèmes insolubles, sa souffrance éternelle, les difficultés que lui causent « les autres », les peurs de l’échec et insidieusement va en faire le reproche à la vie. Le ressentiment est une auto-hypnose, un enfermement dans un circuit démoniaque qui va peu à peu saper les qualités de la personne qui est atteinte. Narratif interne qui s’installe au premier plan, oscillant sans répit entre survalorisation vaniteuse de soi-même, puis sous-valorisation dans un sentiment chronique coupable, rebondissant sur une dynamique similaire vis-à-vis de l’autre, « du monde », tour à tour accusé des pires horreurs puis espéré comme possible sauveur… C’est une hypnose projective qui ne voit plus le réel.
Ce ressentiment est la dynamique de spirale involutive, le circuit démoniaque qui entraîne dans la régression affective. Rendant incapable d’appréciation juste des situations, de vision objective de l’autre, de sentiment de fraternité, de respect élémentaire et d’espoir d’un vivre-ensemble enrichissant, il fait le terreau de l’agressivité, de la haine et de la violence, justifiés par la peur et le mal-être.
Quels sont les bénéfices secondaires de la régression affective ? Car pour tout comportement il faut chercher les nécessités et les bénéfices espérés, même si inconsciemment. La première chose que je vois est une légitimation à se défouler sur l’autre de sa colère emmagasinée. Collectivement, la crise du Covid a constitué un profond traumatisme qui n’a pas été digéré. La bascule dans la psychose sociétale par les injonctions contradictoires absurdes, la polarisation ayant fracturé le « sens habituel des choses », l’absence de récit commun pour rendre compte de cette expérience sociale ont laissé les choses en suspens, se gangréner et créé une profonde crise de confiance qui se manifeste par ce symptôme de régression.
La régression pour un adulte se manifeste comme symptôme face à une peur ingérable, en l’occurrence la peur de la mort qui a été instrumentalisée pendant la période Covid, et entretenue ensuite avec les choix économiques odieux conduisant à l’inflation, l’appauvrissement des populations et la débâcle des services publics notamment médicaux.
Nous assistons à une déroute sociale, en France, dans un pays pourtant doté de solides fondations, que ce soit en termes d’histoire, de valeurs, d’institutions et d’infrastructures. Cette régression est la conséquence du choix des élites de laisser tomber l’intérêt général et le soin à son peuple. Elles instrumentalisent la peur de mourir en assumant cyniquement de jouer avec le feu.
Mais la régression ôte des capacités, des atouts, des vertus : elle précipite l’effondrement, la dépendance, l’impuissance et le désespoir.
C’est la raison principale pour laquelle tant de personnes tournent leur vote vers l’extrême-droite et se laissent embarquer dans une aventure scabreuse : elles y trouvent la résonance correspondant à leur besoin de décharger leur colère et leur demande du droit à la haine envers l’autre ; elles espèrent y trouver du répit en fantasmant une figure autoritaire forte qui les protégerait des assauts du monde ; elles s’illusionnent être prises en compte et bien traitées en signant le pacte… C’est totalement vain car ce sont les mêmes élites qui soutiennent cette montée de l’extrême-droite. C’est pourquoi la chute risque d’être vertigineuse et les conséquences désastreuses.
Du point de vue évolutif, que faire ? Avant tout, ne pas céder individuellement une once de terrain au ressentiment. Observer régulièrement son état affectif, son humeur, son récit interne sur soi, l’autre et le monde, et se réaligner dès que nécessaire. Ensuite, prendre grand soin de la qualité des moments avec les autres. Plus nous multiplierons du bien-vivre ensemble, des œuvres communes, de l’ouverture à autrui et de l’entraide mutuelle, plus nous rétablirons des liens humains, plus nous éloignerons les risques de bascule dans un régime de violence généralisé. Il ne sert à rien de reprocher aux êtres plongés dans la négativité leur état : il est préférable de passer de bons moments avec eux afin qu’ils vivent autre chose. Plus nos Cœurs vont rester purs, tendres et accueillants envers autrui, quel qu’il soit et surtout s’il représente ce que nous réprouvons, plus nous maintiendrons la trame humaine saine.
Chacun de nous peut faire la différence, à son échelle, dans sa vie, car nous créons notre expérience à chaque instant.
Nous arrivons dans une époque périlleuse, où ce qui sera vécu individuellement et collectivement va dépendre en premier lieu de nos états internes, et notamment nos états affectifs, aussi vivons cela en Présence, Conscience et Puissance afin de favoriser le meilleur avenir pour toutes et tous.





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